Amis du Jour, Bonjour !
A l’heure où je vous écrit ces quelques lignes un chiffre me sidère. Il y a eu 1081 personnes qui m’ont lu…. Un truc de dingue…. Quand j’avais initié ce blog, jamais dans mes rêves les plus fous je n’aurai pensé avoir autant de lecteurs. Pourtant ce journal pas tout à fait intime (faut quand même pas déconner !) n’était pas destiné à devenir un de vos lieux de passage. Pour moi c’était un défouloir, un espace de liberté me permettant de graver sur mon écran mes joies, mes peurs et coups de gueule. Et puis et puis, vinrent les commentaires. Merci à tout ceux qui se sont exprimés, chacun à leur façon, pour me témoigner leur sympathie. J’aurais à ce sujet une pensée émue pour trois personnes devenues en quelque sorte mes afficionados: ma pote suissesse Syane qui a carrément souscrit un abonnement (enfin gratuit quand même l’abonnement, faut pas pousser mémé dans les orties…), mon pote québecquois Metal qui me harcèle sur le chat pour savoir quand je vais écrire mon prochain article (il me fait penser à mon ancien redac’chef ! Toujours pressé que je sorte l’ouvrage dans les temps..lol) et enfin mon pote ( ou potesse ???) américain anonyme qui a dû se connecter un bon 1.000 fois et qui doit ramer comme un fou pour traduire mes mots de franchouillard pur jus en anglais (il doit être devenu complétement bilingue depuis !!!).
J’aurai aussi une pensée amusée pour les 10 gugus qui ont débarqué sur ma page en faisant une recherche google sur le terme “cul de vieille”, nul doute qu’en me lisant ils ont pas été déçus du résultat !!! Bon désolé les gars (parce que pour rechercher ça, faut être nécessairement un homme non ?) mais ici y a pas de photos et il n’y a pas non plus matière à s’exciter autre chose que les neurones…..
En l’honneur de ces 10 grands poètes incompris et inconnus je leur dédie ce nouvel article de mon blog: un nouveau florilège de mes poèsies préférées. Nul doute qu’ils se jetteront dessus avec l’empressement que dicte le bouillonement de leurs hormones insatisfaites……..
EL DESDICHADO
Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.
Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…
Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
Gérard de Nerval
Ca y est j’ai la chair de poule…. Ce poème déclenche en moi des vagues d’émotion que je n’arrive toujours pas à contrôler. Cette mélancolie absolue, cette peine qui ronge le poète me touche. Et surtout j’adore le rythme syllabique de ce poème. Ami lecteur, si tu veux comprendre pourquoi, récites donc à voix haute ce texte. Tu verras qu’en le prononçant chaque strophe comprend tour à tour un rythme lent puis rapide. Le premier vers contient une césure (une pause si vous préfèrez) en son milieu que l’on retrouve dans le troisième vers. Par contre les vers 2 et 4 se prononcent d’une traite. Et cette alternance me ravit car il rend le texte encore plus profond, la musique des sons est splendide.
Les Yeux d’Elsa
Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire
À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés
Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure
Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L’iris troué de noir plus bleu d’être endeuillé
Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le cœur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche
Aragon
Ralalah que ces yeux ont fait couler d’encre (clin d’oeil à Francis Cabrel)…. J’adore le passage suivant :”Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie- Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure”. Mais si on lit attentivement le poème, on s’aperçoit que ce filoux d’Aragon vient dire qu’il aime les yeux de sa belle quand ils ont pleuré…. Ce salopiod se féliciterait-il par sadisme de la rendre malheureuse ? Ou alors justifie-t-il par la poèsie la tristesse de sa belle ? Ou tente-t-il de la consoler ? No le say…
Le gymnaste Comme son G l’indique le gymnaste porte le bouc et la moustache que rejoint presque une grosse mèche en accroche cœur sur un front bas.
Moulé dans un maillot qui fait deux plis sur l’aine il porte aussi, comme son Y, la queue à gauche.
Tous les cœurs il dévaste mais se doit d’être chaste et son juron est BASTE !
Plus rose que nature est moins adroit qu’un singe il bondit aux agrès saisi d’un zèle pur.
Puis du chef de son corps pris dans la corde à nœuds il interroge l’air comme un ver de sa motte.
Pour finir il choit parfois des cintres comme une chenille, mais rebondit sur pieds, et c’est alors le parangon adulé de la bêtise humaine qui vous salue.
Francis Ponge, Le Parti-pris des choses
Souvenir, souvenir quand tu nous tient ! J’ai “rencontré” Francis Ponge pour la première fois au Lycée, c’était un texte que j’avais à préparer pour passer mon Bac. Depuis on ne s’est plus quitté. J’aime sa fantaisie et son monde bien à lui, pas prétentieux, ni ronflant, plein de facétie et d’humour. Je vous conseille le livre “le parti-pris des choses” où il transforme les éléments les plus bassement terre à terre, comme un cageot, une orange ou du pain, en oeuvre poétique. C’est du grand art. Par ailleurs je trouve cela superbe de dire que les plus modestes choses de notre quotidien sont belles si on veut bien les regarder d’un autre oeil. Un de mes textes préférés s’appelle “la cigarette” et franchement cela vaut le coup d’oeil. Le texte d’aujourd’hui m’amuse beaucoup. Il traite non d’un objet qu’il humanise mais d’un individu, assez ridicule il faut bien l’admettre, qu’il transforme en une simple marionnette comme les automates du siècle dernier.Par ailleurs son écriture est simpliste et joue sur les sons autant que sur les images. Bref une bonne blague faite en poèsie. Mais Francis Ponge est coutumier du fait….