Salut ter tous, (Amis du jour Bonjour !)
Ech chuis fin benache ed vous vir ichi che choir, ed’lire ches quelques berdoulles que j’avo mis sur min blog (je suis tres content de vous voir ce soir, a lire les quelques betises que j’avais mis sur mon blog).
A c’t heure j’allo faire eun racontach su’s ch’nord et ches gins (maintenant je vais vous parler du Nord et de ces gens).
Bon allez j’arrete de parler en patois. Un conseil pour mieux le comprendre: lisez à voix haute !
Pour tout ceux qui n’ont pas eu le plaisir de naitre à l’ombre du beffroi et d’etre eleves au jus de houblon, bref qui ne sont pas nés dans le Nord-Pas de Calais, le patois du Nord résonne comme une langue a part, fait de “ch” et de “in”.
Pour la petite histoire le nom de “ch’ti” vient de la premiere guerre mondiale. Les soldats des autres regions entendant parler les gars du Nord entre eux leur ont donne ce sobriquet compose de la contraction entre le “ch” (qui est l’article “le” en patois) ,”ti” (”toi”) et “mi” (”moi”). En clair le terme “chtimi” ne veut absolument rien dire et seuls les gens des autres regions nous appellent ainsi, car nous préférons nous appeller entre nous les “gars du nord” (les gins de ch’nord).
Il s’agit pourtant d’un patois, melange entre le neerlandais et le vieux francais, a la difference du Picard qui est une vraie langue, avec sa propre grammaire.
Pourquoi vous parler aujourd’hui du “plat pays qui est le mien” ?
Tout simplement parce qu’il se passe en ce moment dans ma region une chose tout a fait extraordinaire. En effet depuis Lundi les gens du Nord peuvent voir en avant-premiere nationale le film de Dany Boon “Bienvenue chez les Chtis”, qui ne sort en salle que la semaine prochaine dans les autres régions. Et de mémoire de cinéphile pourtant blasé on n’avait jamais vu ça……
Jugez plutot : chaque complexe cinematographique le diffuse sur 2 salles en même temps avec 6 séances par jour et pourtant les réservations sont prises d’assaut et c’est complet 48h à l’avance ! Des files d’attente interminables, des bousculades, des bagarres même pour se disputer une des dernières places disponibles . Ce n’est plus un plebiscite, c’est un tsunami….. (aux dernières nouvelles: 500.000 entrées sur une semaine pour la région….)
Pourquoi cet engouement ? Pourquoi cette passion ?
Et c’est là que nous revenons à ce que je vous disais au début : après des années de complexe, à cause de ce soit-disant climat pourri, à cause de cette image de coin sous développé de la France, de pays de dégénérés parqués dans des corons noirs de charbon et autres fables véhiculées par les bien-pensant parisiens, les gens du Nord retrouvent leur identité et osent dire qu’ils sont fiers de leurs racines.
Et croyez-moi, c’est une vraie révolution.
Parce que pendant des années nous avions honte de notre langue et de nos paysages défigurés par les terrils (pour ceux qui ne connaissent pas: véritable colline, parfois de plus de 200m de hauteur, crée par le dépôt des résidus de charbon lors de l’exploitation minière), il était de bon ton de ne plus parler patois et de ne pas avoir l’accent pour éviter de passer pour un “babache” (un idiot, un demeuré en patois).
Parce que des générations ont préféré émigrer vers d’autres régions que de rester dans un pays sinistré où toutes les industries lourdes fermaient les unes après les autres.
Et maintenant….. maintenant le peuple du Nord semble avoir fait la paix avec son passé. Le pays change: l’industrie lourde dépassée de la révolution industrielle laisse la place à des structures tournées vers le tertiaire. Les parcs naturels régionaux sont developpés, choyés. Et sur le plan culturel il y a de plus en plus d’estaminets (sorte de taverne traditionnelle où l’on goûte moultes bières artisanales, où l’on joue des vieux jeux flamands et où l’ambiance peut, pour les connaisseurs, s’apparenter aux pubs irlandais), de plats traditionnels sur les cartes des restaurants (carbonnade, coq à la bière, potjevlesh, welsh, entrecôte au maroille, andouillette de cambrai au genièvre), les carnavals un moment délaissés sont redevenus des fêtes populaires prisées (Dunkerque, Cassel, Douai). Il existe un vrai retour au source.
Et la passion autour de ce film est la preuve la plus flagrante de cette fierté retrouvée.