Il y a des jours ou on peut avoir le coeur lourd, des jours ou notre propre vie nous echappe, des jours ou l on se demande ce que l’on fout la et a quoi on sert.
Ces jours la quand j’ai du mal dedans mon etre, j’ecris ou je lis des poemes.
Alors pour vous mes amis je me suis permis de vous offrir un florilege de quelques unes de mes lectures preferee, juste pour se faire du bien, car ce qui manque aujourd’hui a notre vie c’est un peu de reve pas frelate par ces specialistes du marketing que sont devenus les gens de tele et plus generalement de spectacle…. Baudelaire ou l’ile de la Tentation ? J’ai choisi mon camp !
Mon reve familier
Je fais souvent ce reve etrange et penetrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout a fait la meme,
Ni tout a fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, helas! cesse d’etre un probleme,
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front bleme,
Elle seule les sait rafraichir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ?- Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimees que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix cheres qui se sont tues.
Verlaine
Oui je sais, on l’a tous entendu au moins trois fois…..Il est sans cesse lu dans les salles de classe….Je sais…..
Mais nom de Dieu ! quelle beautee !
Ce poeme a ete mon premier choc en litterature quand je l’ai entendu recite par mon prof de college. J’avais 12 ans et chaque mot, chaque syllabe m’a marque au fer rouge.
Ce poeme j’aurai tant aime l’ecrire tellement il me ressemble.
Cette incapacite a aimer, a trouver celle que je cherche en vain depuis si longtemps, parce que je l’ai idealisee, parce qu’elle est comme celle du poeme, desincarnee et anonyme, proche et distante, chaleureuse et froide, fugace et eternelle, tout cela est decrit par Verlaine.
Le Balcon
Mere des souvenirs, maitresse des maitresses, O toi, tous mes plaisirs ! O toi, tous mes devoirs !
Tu te rappelleras la beaute des caresses,
La douceur du foyer et le charme des soirs,
Mere des souvenirs, maitresse des maitresses !
Les soirs illumines par l’ardeur du charbon,
Et les soirs au balcon, voiles de vapeurs roses.
Que ton sein m’etait doux ! Que ton coeur m’etait bon !
Nous avons dit souvent d’imperissables choses
Les soirs illumines par l’ardeur du charbon.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirees !
Que l’espace est profond ! Que le coeur est puissant !
En me penchant vers toi, reine des adorees,
Je croyais respirer le parfum de ton sang.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirees !
La nuit s’epaississait ainsi qu’une cloison,
Et mes yeux dans le noir devinaient tes prunelles,
Et je buvais ton souffle, o douceur ! o poison !
Et tes pieds s’endormaient dans mes mains fraternelles.
La nuit s’epaississait ainsi qu’une cloison.
Je sais l’art d’evoquer les minutes heureuses,
Et revis mon passe blotti dans tes genoux.
Car a quoi bon chercher tes beautes langoureuses
Ailleurs qu’en ton cher corps et qu’en ton coeur si doux ?
Je sais l’art d’evoquer les minutes heureuses !
Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,
Renaitront-ils d’un gouffre interdit a nos sondes,
Comme montent au ciel les soleils rajeunis
Apres s’etre laves au fond des mers profondes ?
- O serments ! o parfums ! o baisers infinis !
Baudelaire
LÃ on touche au genie……je suis sans voix rien qu’a retranscrire ces lignes. La derniere strophe est pour moi la plus belle. Pas d’autres commentaires, laissons agir la magie des mots.
Rondeau
Mort, j’appelle de ta rigueur,
Qui m’as ma maitresse ravie,
Et n’es pas encore assouvie
Si tu ne me tiens en langueur:
Onc puis n’eus force ni vigueur;
Mais que te nuisait-elle en vive,
Mort ? Deux etions et n’avions qu’un coeur;
S’il est mort, force est que devie(*),
Voire, ou que je vive sans vie
Comme les images, par coeur,
Mort !
(*) devie = je meure en vieux français
VILLON
J’ai beaucoup d’affection pour VILLON: mauvais garcon, voleur, chapardeur, ivrogne, truand de la pire espece mais poete baignant sa plume dans le remords et sans cesse demandant a Dieu pardon. On dit de lui qu’il fut le premier “poete maudit”. Quel pleonasme !
Tout poete a en lui une felure, une sensibilite exacerbee qui fait de sa vie un enfer. La seule difference est que certains vivent cette sensibilite mieux que d’autres mais tous la ressentent.
Ce rondeau de VILLON me touche: il perd son aimee et supplie la mort de l’emporter aussi ou alors d’etre comme une “image”: fige, sans vie, inerte jusqu’a la fin de ses jours. Mais ce que ce grand queutard de VILLON ne dis pas dans ses vers, c’est qu’il pleure certes son aimee mais le soir meme va boire plus que de raison avec ses larrons et trousser quelques servantes….. J’aime cette dualite si humaine entre la peine de l’ame et les exigences du corps. “Il faut bien que le corps exulte” chantait Jacques BREL….Ben oui Jacques, faut bien !
Extrait du poeme “Le matin” (qui fait deux pages, je vous montre juste le passage qui me parle le plus)
Une confuse violence
Trouble le calme de la nuit,
Et la lumiere, avec le bruit,
Dissipe l’ombre et le silence.
Alidor cherche a son reveil
L’ombre d’Iris qu’il a baisee
Et pleure en son ame abusee,
La fuite d’un si doux sommeil. Theophile de Viau
Quelle modernité ! Ce passage n’a pas pris une ride. Qui ne s’est pas endormi dans les bras de l’etre aime et reveille seul, regrettant que cette nuit ne dure pas eternellement ? Qui n’a pas ressenti l’arrivee du matin comme une agression, une “confuse violence” ?
La nuit est sacree. Nos nuits n’appartiennent qu’Ã nous.